Cyclisme - Pékin 2008
L'Espagne était attendue samedi à Pékin dans la course en ligne. Elle n'a pas déçu. Samuel Sanchez lui offre la médaille d'or, en réglant au sprint nu groupe de six coureurs. Le Basque devance l'Italien Davide Rebellin et le Suisse Fabian Cancellara. Jérôme Pineau termine à la 14e place.
Le match Espagne-Italie a bien eu lieu. Comme prévu. Mais cette course en ligne, premier moment phare de ces Jeux de Pékin pour le cyclisme, n'a pas consacré l'Ibère le plus attendu. Alejandro Valverde, favori désigné, s'est effacé au profit de Samuel Sanchez, qui obtient à 30 ans la plus grande victoire de sa carrière. Le Basque a réglé au sprint un groupe de six coureurs, six hommes forts, devançant l'Italien Davide Rebellin, médaillé d'argent le jour de son 37e anniversaire, et le Suisse Fabian Cancellara. Alexandre Kolobnev, Andy Schleck et Michael Rogers, qui complétaient ce groupe, sont les "cocus" de l'histoire, en échouant au pied du podium.
La victoire de Sanchez vient parachever l'oeuvre collective d'une formation espagnole dégoulinant de talents, où les stars ont su se mettre au service de la communauté. Alberto Contador et Carlos Sastre, les deux derniers vainqueurs du Tour de France, n'ont ainsi pas hésité à aller au charbon. Il n'est qu'à voir les scènes de liesse dans l'aire d'arrivée, et l'étreinte sincère de Valverde avec le nouveau champion olympique, pour comprendre que cette Espagne là était unie comme jamais. Souvent placé dans les grands rendez-vous, notamment aux Mondiaux (7e en 2007, 4e en 2006) ou dans les Ardennaises (2e de la Flèche Wallonne il y a deux ans) Sanchez décroche la récompense majeure qu'il cherchait depuis plusieurs années.
Lancinant puis passionnant
Pour s'imposer samedi au pied de la grande Muraille, il fallait à la fois du talent, mais aussi de la patience et de l'endurance, sur un circuit exigeant, rendu plus dur encore par l'atmosphère étouffante. Pas étonnant dans ces conditions que les ténors aient attendu les deux derniers tours pour entrer en action. Passionnante dans son final, la course fut longtemps lancinante. Le Chilien Patricio Almonacid et le Bolivien Horacio Gallardo en ont profité pour se mettre en évidence. Parti dès les premiers kilomètres, cet improbable duo a tenu le haut du pavé pendant trois bonnes heures, comptant même jusqu'à'15 minutes de marge sur le peloton. Mais il en aurait fallu bien davantage pour leur permettre de rêver.
La première véritable passe d'armes est survenue à environ 170 kilomètres de l'arrivée, lorsqu'un groupe de 25 coureurs est parti en contre. On trouvait là notamment quelques sacrées pointures, comme Jens Voigt pour l'Allemagne, Kim Kirchen pour le Luxembourg ou... Carlos Sastre. Rémi Pauriol était également de la partie pour l'équipe de France. Le peloton, un temps relégué à cinq minutes, opérait finalement la jonction à moins de trois tours de l'arrivée, soit environ 60 kilomètres. Une autre course commençait alors. Malgré quelques banderilles, signées Kuschynski, Podgornyy, ou Pfannberger, tout restait encore à faire à l'entame de la dernière boucle du circuit pékinois. Les grandes manoeuvres pouvaient commencer.
L'Espagne écrase tout
Le coup décisif fut lancé par un Andy Schleck aux jambes de feu. Le jeune Luxembourgeois, sur la lancée de son Tour de France, dynamitait pour de bon ce qui restait encore du peloton. A un peu plus de 15 kilomètres du but, il embarquait avec lui Sanchez, Rebellin, Kolobnev et Rogers. Les masques venaient de tomber. Paolo Bettini, tenant du titre, et Alejandro Valverde, principal candidat à sa succession, baissaient pavillon. Quand Schleck, Rebellin et Sanchez sont partis au 10 kilomètres, on a cru que le podium se dessinait pour de bon. Erreur. Fabian Cancellara, énormissime, revenait comme une bombe, ramenant avec lui Rogers et Kolobnev pour un regroupement général à la flamme rouge. Ils étaient encore six à rêver à cet instant. 1000 mètres plus loin, plus haut, le plus fort était Samuel Sanchez. La star de l'équipe Euskaltel avait fait des Jeux l'objectif de sa saison. Le voilà récompensé.
Son sacre vient confirmer un peu plus la suprématie actuelle de l'Espagne sur le cyclisme mondial. Après le Giro (Contador), le Tour (Sastre), sans oublier la moisson de Valverde (Liège, Dauphiné, Clasica San Sebastian), voilà les Jeux qui tombent dans l'escarcelle d'un autre coureur ibérique. Les Français, loin de pouvoir rivaliser avec une telle puissance de feu, ont eu le mérite de faire leur course, avec leurs moyens. Jérôme Pineau, présent dans le bon wagon à l'entame du dernier tour, prend une 14e place honorable. Juste derrière Alejandro Valverde...